De
ogryverLe 17/05/26 à 21:25:53
Ogryver avait eu une idée assez naïve du rôle de Premier ministre.
Il s’était imaginé un bureau calme, quelques dossiers bien rangés, des réunions organisées, deux ou trois arbitrages de temps en temps. Bref, quelque chose d’à peu près maîtrisable.
Au bout de cinq jours, il avait compris que le véritable travail consistait surtout à voir des gens entrer dans son bureau avec un problème.
Et ressortir avec le même problème, mais expliqué différemment.
Dans le bureau, les cartons venaient à peine d’être vidés. Quelques parchemins des animations de Dogma et de Royco traînaient encore sur une table, la une du dernier article de Polo, une pile de dossiers menaçait déjà de s’effondrer et, dans un coin, une théière refroidissait à vue d’œil.
Aura était assise près de la fenêtre. Calme, comme toujours. En tout cas à l'extérieur.
Cette capacité à rester sereine alors même que tout le monde semblait déjà avoir un avis sur tout fascinait encore Ogryver. Un de ces nombreux dons qui aident ses talents de séductrice.
Et des avis, il y en avait. Beaucoup. Très vite, même. Un léger coup fut frappé à la porte.
— Entrez.
Un conseiller passa timidement la tête. Cette façon qu’avaient les gens d’entrer prudemment dans un bureau annonçait rarement une bonne nouvelle.
— Monsieur le Premier ministre… il semblerait qu’une polémique soit en cours.
Ogryver leva un sourcil.
— Une seule ?
Le conseiller hésita.
— Non… mais commençons par Dogma.
Ah. Dogma. Le ministre-député.
Quelques messages plus tard, Dogma poussa lui-même la porte du bureau, l’air étonnamment détendu pour quelqu’un devenu sujet de débat parlementaire.
— Apparemment, je représente un problème de séparation des pouvoirs.
Aura leva doucement les yeux de son thé.
— Avec les animations ?
— Apparemment oui.
Un silence s’installa. Puis un rire discret. Petit. Mais sincère.
Sur VPM, il fallait parfois accepter cette étrange magie politique. A tous problèmes, une solution.
Ogryver se contenta de hausser les épaules.
Après tout, si le plus grand danger institutionnel du moment était un ministre chargé des finances et des animations, c’est que le Royaume ne se portait peut-être pas si mal.
À peine Dogma reparti, quelqu’un frappa déjà.
Cette fois, l’ambiance semblait différente. Plus prudente.
Le conseiller évita soigneusement le regard d’Aura avant de parler.
— Le sujet Polme revient beaucoup aussi.
Un silence. Pas dramatique. Simplement ce genre de silence où chacun comprend qu’un sujet délicat vient de s’asseoir dans la pièce sans avoir été invité.
Depuis sa nomination, plusieurs députés observaient certains choix esthétiques du ministre avec une attention presque universitaire. Images de profil, références passées, symbole.
Aura resta silencieuse quelques instants. Elle écoutait toujours avant de parler.
— Nous verrons comment les choses évoluent, finit-elle par dire calmement. Elle avait déjà prévu une reponse mais devait contacter les bonnes personnes.
Ogryver acquiesça. Il savait déjà que le sujet ne disparaîtrait pas rapidement. Sur VPM, certaines polémiques avaient une espérance de vie étonnamment longue.
Dans l’après-midi, deux députés de la majorité passèrent au bureau.
Les échanges furent francs. Respectueux aussi. Des inquiétudes sur la composition du gouvernement.
Des interrogations. Quelques désaccords. Mais aussi une vraie envie de dialogue. C'était rafraîchissant.
À un moment, l’un d’eux résuma parfaitement l’état d’esprit général :
— Je suis rassuré mais encore inquiet.
Ogryver resta silencieux une seconde. Puis sourit.
— Voilà une phrase qui mérite d’entrer dans l’histoire parlementaire.
En fin de journée, ce fut la nouvelle de l’enveloppe attribuée au parti Make Anarchik Great Again qui fit irruption dans le bureau.
Pensée comme un encouragement à un jeune parti actif, elle semblait pourtant susciter davantage de débats qu’anticipé.
Quand la nouvelle du refus arriva, Ogryver regarda longuement les dossiers sur son bureau. Puis la fenêtre. Puis Aura.
— Fascinant quand même… il y a toujours des raisons de s'opposer qu'on ne voit pas venir.
— C’est VPM, répondit-elle simplement.
Et il fallait reconnaître qu’il était difficile d’argumenter contre ça. Le soleil commençait à tomber quand un dernier visiteur apparut enfin.
Carnet à la main. Sourire impeccable. Nolulu.
— Monsieur le Premier ministre… une simple question : gouvernez-vous enfermés dans une tour d’ivoire ?
Ogryver regarda la porte.
Les allers-retours permanents. Les dossiers empilés. Les inquiétudes de la majorité. Les débats du jour. Puis le thé désormais froid.
— Si c’est une tour d’ivoire, elle reçoit beaucoup trop de visiteurs.
Nolulu sourit. Nota quelque chose. Et repartit. Ce qui, étrangement, inquiétait toujours un peu plus le Palais que lorsqu’il arrivait.