De
jessicaparkerLe 06/02/25 à 18:40:46
Chapitre 4 La vie Normale
Dans la cabane de Nono, le parfum du thé flottait dans l’air, mêlé aux effluves de bois sec et de tabac froid. Mémère, emmitouflée dans un châle aux motifs démodés, serrait sa tasse entre ses doigts noueux, jetant des regards suspicieux autour d’elle.
— Faut dire que t’es bien installé ici, Nono. Trop bien même. J’sais pas pourquoi, mais ça m’inquiète…
Nono, accoudé à la table, sourit distraitement tout en jouant avec sa cuillère. Il savait où cette conversation allait mener.
— Oh, et puis tiens, tant qu’on parle d’inquiétude ! Tu sais qui est revenu en ville ? Ce bon à rien de Gargamel ! Un fieffé gredin, un maraud de la pire espèce, une fripouille sans foi ni loi !
Nono hocha la tête, vaguement amusé.
— Un vaurien, un bélître, une canaille… c’est bien ça que tu veux dire, Mémère ?
Elle tapa du poing sur la table, manquant de renverser son thé.
— Exactement ! Tu me comprends, toi ! Mais ça me dépasse… Comment peut-on encore lui faire confiance après tout ce qu’il a fait ? Ce scélérat revient toujours, comme une verrue dont on n’arrive pas à se débarrasser !
Nono continuait d’acquiescer poliment, mais son esprit était ailleurs. Plus précisément, à des milliers de kilomètres d’ici, sur une plage ensoleillée où l’attendaient ses amies brésiliennes. Il s’imaginait déjà trinquant avec elles sous un ciel orangé, loin des lamentations de Mémère.
— Tu m’écoutes, au moins ?
— Bien sûr, bien sûr… un fieffé gredin, tu disais ?
— Un vrai bandit, oui ! Et je te le dis, si personne ne fait rien, ce faquin de bas étage va encore semer la zizanie !
Nono sourit, mais ne répondit rien. Dans le fond, Mémère n’avait pas tort.
Dans sa cuisine, Nounours découpait soigneusement des légumes, concentré sur son ouvrage. Le dîner devait être parfait. Il jetait de temps en temps un coup d’œil à BébéAsh, installé à table, qui barbouillait du miel sur ses doigts tout en chantonnant un alphabet approximatif.
— A… B… Z… T…
— Non, BébéAsh, on recommence. A, B, C…
Mais le petit n’écoutait déjà plus. Son regard s’était fixé sur le journal posé devant lui , où trônait la photo de Pathou en une. Il pointa du doigt l’image et éclata de rire.
— Patapouf !
Nounours suspendit son geste, un sourire en coin.
— BébéAsh, ce n’est pas très gentil…
Mais le petit continuait de rire à gorge déployée, répétant son invention avec fierté.
— Patapouf ! Patapouf !
Nounours soupira, puis secoua la tête avec indulgence.
— Bon, on va éviter de dire ça devant lui, d’accord ?
— D’accord, Patapouf !
Il leva les yeux au ciel. Ça promettait…
Dans sa grotte froide et austère, Gargamel fixait les flammes vacillantes de l’âtre d’un air morose. Il serra les poings, secoua la tête, puis se tourna vers son bras droit, Danger, qui était occupé à affûter un petit canif d’un air distrait.
— Personne ne m’aime, Danger…
L’autre ne leva même pas les yeux.
— Hmm…
— Je fais pourtant des efforts. J’essaie d’être quelqu’un de bien. Mais quoi que je fasse, ils me rejettent tous…
Danger hocha la tête machinalement, feignant l’écoute.
— Tu comprends ça, toi ?!
— Évidemment, Gargamel…
Mais en réalité, Danger n’en avait rien à faire. Il était déjà en train de cogiter, son esprit tournant à plein régime sur un tout autre sujet : comment s’emparer du pouvoir. Un plan vicieux, retors, digne des plus grands stratèges. Tandis que Gargamel se lamentait, Danger calculait. Et bientôt, très bientôt, il frapperait…
La Poilue sortait à peine de son bain lorsqu’on frappa à sa porte. Elle resserra son peignoir, jeta un œil suspicieux par l’entrebâillement, puis ouvrit lentement.
— Madame ! Laissez-moi vous présenter une méthode infaillible pour gagner une élection !
Elle plissa les yeux. Face à elle, un homme à l’air satisfait lui tendait une brochure.
— Chaque jour, vous dépensez 18 millions et 59 crédits, et vous perdez 5 % dans les sondages !
Un silence. Puis un long regard méprisant.
— … Pardon ?
— Une stratégie éprouvée ! Vous voyez, moi-même, à chaque élection, je finis dernier ! Preuve que ça fonctionne parfaitement !
La Poilue cligna des yeux, l’observant comme s’il venait de lui réciter la table de multiplication de -3. Puis, lentement, elle referma la porte.
— Dégage.
Il y eut un silence. Puis un raclement de gorge de l’autre côté.
— Donc… c’est un non ?
La porte resta close.
Dans les rues de VPM, Olivia marchait tranquillement. Puis, en passant devant la fenêtre du Marquis de St Étienne, elle s’arrêta net.
Elle jeta un coup d’œil à l’intérieur… et ce qu’elle vit la fit sourire.
Le Marquis était là, en slip, s’admirant dans un miroir, ajustant sa coiffure avec un soin presque religieux. Il faisait des pauses, prenait des poses, testait des sourires… On aurait dit qu’il se préparait à un rendez-vous amoureux.
— Tiens, tiens… Voilà qui est intéressant.
Elle plissa les yeux, observant la scène.
— Une conquête, le Marquis ? Voilà qui mérite une enquête…
Elle nota mentalement cette nouvelle piste.
La nuit s’étendait sur VPM, silencieuse et trompeusement paisible. Tout semblait normal. Bien trop normal.