De
vikyrjaLe 14/10/26 à 11:49:49
Ton témoignage me fait penser à mon ami d'enfance... Voici notre histoire :
Dans mon pays du Nord, bien avant les intrigues de VPM, je rêvais de devenir Viking, de gloire et de conquêtes.
Mon meilleur ami et moi passions nos journées à nous prendre pour des guerriers. Nos épées étaient en bois, nos boucliers en planches et notre courage inversement proportionnel à notre intelligence.
Un soir, nous décidâmes de nous entraîner à l’assaut d’une forteresse. Une vieille échelle ferait office de tour ennemie.
« Regarde bien, Vikyrja ! Odin lui-même ne ferait pas mieux ! » lança mon compagnon en grimpant.
Je levai les yeux au ciel. Il avait toujours eu plus de bravoure que de jugeote.
Arrivé au sommet, il prit son élan, poussa un formidable cri de guerre et bondit dans le vide.
Enfin… presque.
Son col resta accroché à un piquet de l’encadrement de la porte de la grange.
Tout se passa en quelques secondes.
Mon sourire disparut. Mon sang se glaça.
Je me précipitai vers lui, persuadé qu’il allait se dégager, que nous ririons de sa maladresse et qu’il me traiterait de couille molle.
Mais son rire ne vint jamais.
Son col s'était pris dans un piquet de l'encadrement. Il se débattait encore quelques instants auparavant, mais ses mouvements devenaient désordonnés. Ses mains cherchaient désespérément un appui, ses bottes battaient le vide.
Je tirais sur son vêtement, tentais de le libérer, appelais à l'aide. Rien n'y faisait. Je ne savais plus quoi faire. Je n'étais plus un guerrier affrontant une armée ennemie. J'étais simplement un enfant terrifié, incapable de sauver son meilleur ami.
Puis ses mouvements ralentirent.
Son regard croisa le mien.
Je n'oublierai jamais cet instant.
Son corps oscillait lentement dans le vide. Son visage avait perdu ses couleurs, son regard semblait figé dans une dernière expression d’incrédulité.
Lorsque je compris, mon cri déchira la nuit.
Mais seuls les corbeaux répondirent, battant des ailes au-dessus de la grange.
Je finis par reculer, incapable de croire que mon meilleur ami venait de disparaître sous mes yeux. Le silence qui suivit me parut plus terrible que tous les hurlements d’une bataille.
Cette nuit-là, les dieux nordiques avaient rappelé une âme au Valhalla. Et moi, je venais de découvrir que la mort pouvait frapper sans épée, sans ennemi et sans le moindre honneur.
C’était le 12 juillet 1998.
Alors que le peuple fêtait une toute autre victoire, nous faisions notre chemin vers la morgue, écrasés par le chagrin, au milieu des klaxons et des cris de joie.
Le peuple fêtait ses héros. Et moi, je venais de perdre le mien.
Et c’est ainsi que naquit la première légende de Vikyrja : celle d’une âme du Nord qui avait compris très tôt que le plus dangereux des ennemis n’est pas toujours un dragon…
Parfois, c’est juste un mauvais choix de col.