De
ogryverLe 18/01/26 à 23:58:07
C’était un soir banal, de ceux qu’on oublie presque aussitôt.
Dijon était encore tiède, imprégnée de cette douceur réconfortante qu’on ne remarque qu’en ralentissant le pas. Sur la place, la lumière dorée d'une boulangerie se reflétait sur les pavés, et dans l’air flottait une odeur sucrée, familière, presque rassurante.
Je me suis arrêté un instant. Pas par hésitation, non. Plutôt comme on s’arrête devant une vitrine connue, sans intention d’entrer.
Il y avait là quelque chose de tendre, de simple, une chaleur douce qui rappelait d’anciens instants partagés, des sourires faciles, une gourmandise assumée.
Puis Aimelerouge est apparue.
Tout a changé de couleur. Le doré s’est mué en rouge profond. Son regard captait la lumière et la renvoyait autrement, avec une intensité qui ne laissait aucune place au doute. Les bruits autour se sont estompés, comme si le monde avait accepté de se mettre en retrait.
Derrière moi, j’ai cru percevoir un éclat de rire. Léger. Presque moqueur. Ou peut-être était-ce simplement mon imagination, nourrie par cette gourmandise qui refusait tout à fait de disparaître.
J’ai respiré profondément.
Il y avait des choix qui n’en étaient pas vraiment. Aimelerouge avançait vers moi, et chaque pas rendait le reste plus flou, plus lointain, comme une saveur chocolatée que l'on garde encore sous la dent, longtemps après.
Je ne me suis pas retourné.
Parce que certaines présences n’ont pas besoin d’être regardées pour exister. Elles restent là, quelque part, dans un coin du sourire, dans un souvenir doux et amer de cacao, pendant que l’on avance vers ce qui s’impose comme une évidence.
Ce soir-là, sur cette place presque ordinaire, j’ai compris que l’on peut aimer la plus simple mais aussi la meilleure des douceurs et choisir la passion.